Première apparition de la Sainte Vierge
Je tente de me rappeler de l'époque où elle m'apparut pour la première fois et me rends tout aussitôt compte que jamais il ne me sera possible d'en connaître le moment ni l'heure. Elle n'est pas entrée dans ma vie à une date précise, ce sont plutôt dans ma première enfance une série d'expériences de la même nature qui se sont agrégées en un souvenir. Je suis cependant assez certain de la forme qu'elle revêtit pour faire son apparition.
La Vierge Marie a dû m’apparaître la première fois sous la forme d’une figurine de plâtre peint dans la crèche de Noël qu’installait chaque année mon grand-père sur le buffet de sa salle à manger une fois passée la saint Nicolas et dont on dût me présenter les personnages. Le mois de décembre avec sa succession de fêtes et de cadeaux répétés, ceux qu’apportaient saint Nicolas, puis le père Noël et enfin l’argent reçu aux étrennes de nouvel an, était un mois magique aux yeux de l’enfant qui voyait défiler une procession de personnages et d’animaux en plâtre, en chocolat ou en massepain. Saint Nicolas apportait des marionnettes et son effigie en chocolat, la crèche comportait des agneaux, le bœuf et l’âne, la sainte famille et les bergers, et, placés au loin les rois mages qui déjà s’étaient mis en chemin. La figurine de Marie était tout simple, la Vierge portait un voile blanc qui retombait sur une cape bleue doublée de rose qui recouvrait une simple robe blanche bordée d’un ruban brun clair qui courait le long du cou, du bord des manches et de l’ourlet. Elle était agenouillée, les mains croisées sur le haut de la poitrine comme recueillie, en contemplation ou en prière devant son bébé couché et souriant dans son berceau mangeoire rempli de paille. La Vierge n’était qu’un des détails de l’enchantement du mois de décembre. Mon grand-père, ma mère et mes trois tantes durent souvent désigner tous ces petits personnages par leurs noms. Je dus comprendre que la Sainte Vierge était la maman du petit Jésus. et ce fut sans doute là tout ce que j'en appris alors.
Ce ne fut pas une apparition miraculeuse, mais ces figurines de plâtre peint charmèrent toute mon enfance et accompagnent aujourd'hui ma vieillesse. À la mort de mon grand-père, mes parents héritèrent de la crèche dont les figurines furent sans doute emballées dans du papier et placées dans une boîte à chaussures en carton qui fut rangée dans un placard sans pouvoir pendant de longues années s'en échapper. Mes parents avaient fait l'acquisition d'une crèche dite à l'italienne, dont les personnages étaient de dimension plus modeste et dont les vêtements colorés évoquaient peut-être une fête villageoise du sud de l'Italie, ou du moins la représentation qu'on pouvait en avoir au début des années 60. Lorsque jeune adulte je quittai la maison familiale pour m'installer dans un appartement de location, j'emportai la crèche de mon grand-père et la sort de sa boîte à chaussures après la Saint Nicolas pour l'y ranger une fois la chandeleur passée.
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